4- PS Portraits de héros LECTURE V. HUGO Les Misérables (1862) Gavroche Texte et questions

Problématique
Quel est le rôle, dans cet extrait, des figures de style ? En quoi contribuent-elles à révéler le portrait moral du personnage ?

Portrait de Gavroche
Huit ou neuf ans environ après les événements racontés dans la deuxième partie de cette histoire, on remarquait sur le boulevard du Temple et dans les régions du Château-d’Eau un petit garçon de onze à douze ans qui eût assez correctement réalisé cet idéal du gamin ébauché plus haut, si, avec le rire de son âge sur les lèvres, il n’eût pas eu le cœur absolument sombre et vide. Cet enfant était bien affublé d’un pantalon d’homme, mais il ne le tenait pas de son père, et d’une camisole de femme, mais il ne la tenait pas de sa mère. Des gens quelconques l’avaient habillé de chiffons par charité. Pourtant il avait un père et une mère. Mais son père ne songeait pas à lui et sa mère ne l’aimait point. C’était un de ces enfants dignes de pitié entre tous qui ont père et mère et qui sont orphelins.

Cet enfant ne se sentait jamais si bien que dans la rue. Le pavé lui était moins dur que le cœur de sa mère.

Ses parents l’avaient jeté dans la vie d’un coup de pied. Il avait tout bonnement pris sa volée.

C’était un garçon bruyant, blême, leste, éveillé, goguenard, à l’air vivace et maladif. Il allait, venait, chantait, jouait à la «fayousse», grattait les ruisseaux, volait un peu, mais comme les chats et les passereaux, gaiement, riait quand on l’appelait galopin, se fâchait quand on l’appelait voyou. Il n’avait pas de gîte, pas de pain, pas de feu, pas d’amour ; mais il était joyeux parce qu’il était libre. […]

Pourtant, si abandonné que fût cet enfant, il arrivait parfois, tous les deux ou trois mois, qu’il disait : « Tiens, je vas voir maman ! » Alors il quittait le boulevard, le Cirque, la Porte Saint-Martin, descendait aux quais, passait les ponts, gagnait les faubourgs, atteignait la Salpêtrière, et arrivait où ? Précisément à ce double numéro 50-52 que le lecteur connaît, à la masure Gorbeau.

Victor Hugo, Les Misérables, troisième partie, V, 1 et 2, 1862.

Camisole : vêtement court à manches, porté sur la chemise.
Goguenard : qui a l’air de se moquer.
Fayousse : jeu consistant à introduire le maximum de pièces ou de cailloux dans un trou.
passereaux :  Famille d’oiseaux qui contient les merles les moineaux, les alouettes, etc.
Galopin : un enfant qui traîne en cherchant à faire des bêtises
Masure : petite habitation misérable.

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