3- PS ARGUMENTATION dans le récit 1914-1918 POÉSIE Expression orale G. APOLLINAIRE (2)

Guillaume APOLLINAIRE Poèmes à Lou (1914-1916)  (2)

C’est l’hiver et déjà j’ai revu des bourgeonsGuillaume-APOLLINAIRE
Aux figuiers, dans les clos, Mon amour, nous bougeons
Vers la paix, ce printemps de la guerre où nous sommes.
Nous sommes bien. Là-bas, entends le cri des hommes.
Un marin japonais se gratte l’oeil gauche avec l’orteil droit
Sur le chemin de l’exil voici des fils de rois
Mon coeur tourne autour de toi comme un kolo où dansent quelques
jeunes soldats serbes auprès d’une pucelle endormie
Le fantassin blond fait la chasse aux morpions sous la pluie
Un belge interné dans les Pays-Bas lit un journal où il est question de moi
Sur la digue une reine regarde le champ de bataille avec effroi
L’ambulancier ferme les yeux devant l’horrible blessure
Le sonneur voit le beffroi tomber comme une poire trop mûre
Le capitaine anglais dont le vaisseau coule tire une dernière pipe d’opium
Ils crient. Cri vers le printemps de paix qui va venir. Entends le cri des hommes.
Mais mon cri va vers toi mon Lou tu es ma paix et mon printemps
Tu es, ma Lou chérie, le bonheur que j’attends.
C’est pour notre bonheur que je me prépare à la mort. 17 janvier 1915

 

« Nos Etoiles »

La trompette sonne et resonne,
Sonne l’extinction des feux.
Mon pauvre coeur je te le donne
Pour un regard de tes beaux yeux,
Un mouvement de ta personne.

Et c’est dix heures, tout s’endort,
J’écoute ronfler la caserne,
Le vent qui souffle vient du nord,
La lune me sert de lanterne
Un chien perdu crie à la mort

La nuit s’écoule lente, lente,
Les heures sonnent lentement
Toi, que fais-tu, belle indolente
Tandis que veille ton amant

3- Apollinaire-LOU

Qui soupire après son amante ?

Et je cherche au ciel constellé
Où sont nos étoiles jumelles
Mon destin au tien mêlé
Mais nos étoiles, où sont-elles ?
Ô ciel, mon joli champ de blé !

Hugo l’a dit, célèbre image,
Booz et Ruth s’en vont là-haut,
Pas au plafond, sur le passage,
Comme au roman de Balao

 

Duquel je n’ai lu qu’une page

Un coq lance « cocorico »,
Ensemble nos chevaux hennissent.
À Nice, me répond l’Écho,
Tous les amours se réunissent
Autour de mon ptit Lou de Co

 

L’inimaginable tendresse

De ton regard paraît aux cieux
Mon lit ressemble à ta caresse
Par la chaleur, puisque tes yeux
Au nom de Nice m’apparaissent.

La nuit s’écoule doucement

Je vais enfin dormir tranquille.
Tes yeux qui veillent ton amant,
Sont-ce pas, ma belle indocile
Nos étoiles au firmament ?  3 février 1915

 

 

Quatre jours ! mon amour, pas de lettre de toi
Le jour n’existe plus, le soleil s’est noyé
La caserne est changée en maison de l’effroi
Et je suis triste ainsi qu’un cheval convoyé

Que t’es-t-il arrivé ? souffres-tu ma chérie ?
Pleures-tu ? Tu m’avais bien promis de m’écrire
Lance ta lettre, obus de ton artillerie,
Qui doit me redonner la vie et le sourire.

Huit fois déjà le vaguemestre a répondu
« Pas de lettres pour vous » Et j’ai presque pleuré
Et je cherche au quartier ce joli chien perdu
Que nous vîmes ensemble, ô mon coeur adoré

En souvenir de toi longtemps je le caresse
Je crois qu’il se souvient du jour où nous le vîmes
Car il me lèche et me regarde avec tendresse
Et c’est le seul ami que je connaisse à Nîmes

Sans nouvelles de toi je suis désespéré
Que fais-tu ? Je voudrais une lettre demain
Le jour s’est assombri, qu’il devienne doré.
Et tristement, ma Lou, je te baise la main  12 février 1915

 

 

« Il y a »

Il y a des petits ponts épatants
Il y a mon coeur qui bat pour toi
Il y a une femme triste sur la route
Il y a un beau petit cottage dans un jardin
Il y a six soldats qui s’amusent comme des fous
Il y a mes yeux qui cherchent ton image
Il y a un petit bois charmant sur la colline
Et un vieux territorial pisse quand nous passons
Il y a un poète qui rêve au ptit Lou
Il y a un ptit Lou exquis dans ce grand Paris
Il y a une batterie dans une forêt
Il y a un berger qui paît ses moutons
Il y a ma vie qui t’appartient
Il y a mon porte-plume réservoir qui court, qui court
Il y a un rideau de peupliers délicat, délicat
Il y a toute ma vie passée qui est bien passée
Il y a des rues étroites à Menton où nous nous sommes aimés
Il y a une petite fille de Sospel qui fouette ses camarades
Il y a mon fouet de conducteur dans mon sac à avoine
Il y a des wagons belges sur la voie
Il y a mon amour
Il y a toute la vie
Je t’adore   5 avril 1915

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