3- PS ROMAN XXe STEINBECK Des Souris et des Hommes (1937) LECTURE 3 « Fais-le sortir » Analyse

Problématique
Quelles sont les significations de cet épisode (anecdotique, hors de l’action principale) au coeur du roman ?

Candy.png

Objectifs
– Revoir les visées du dialogue (informer, faire agir, exprimer des émotions,argumenter)
– Revoir le schéma argumentatif et la constitution d’un argument
– Repérer la modalisation de l’incertitude dans le propos
– Repérer la focalisation à l’oeuvre (Interne, externe zéro ? )

Synthèse du contenu (scène / dialogue)
Dans le baraquement ds journaliers, les soir, après la journée passée à moissonner, Carlson se plaint de l’odeur nauséabonde du chien du vieux Candy. Il demande à celui-ci de tuer l’animal impotent, inutile. Candy, qui est attaché à l’animal, refuse, mais cède à l’insistance de Carlson, qui va accomplir lui-même la besogne.

Piste d’étude (ressentis des élèves)
– scène émouvante mais qui n’expose pas directement l’émotion des protagonistes
– échange « argumenté »
– supériorité de Carlson
– passivité des témoins ?

Comment l’émotion est-elle suscitée chez le lecteur dès lors qu’elle n’est pas explicite ?

1. Une question de vie ou de mort : un échange argumenté
Le thème du débat est : La présence du chiens parmi les hommes
Sur ce thème, deux thèses s’opposent
T1 Ce chien sent trop mauvais. il faut le tuer
T2 Je ne peux pas le faire : je l’ai depuis trop longtemps.
Arguments
T1 vieillesse de l’animal, inutilité / inconfort des humains / pas de douleur de l’animal / se charge de l’euthanasier //
T2 bon chien de berger, habitude.

Carlson l’emporte parce que :
– il a plus d’arguments, il s’exprime davantage (insistance, répétition)
– il peut les développer (ERIC je le tuerai, il ne sentira rien)
– ses arguments touchent les hommes présents, leur confort
Candy ne peut presque rien opposer que cette relation que le lie à l’animal : le temps, l’habitude, le passé

2. La sensibilité et la fragilité de Candy sont pris en charge par le narrateur
Candy n’exprime pas ses sentiments. C’est la narrateur qui modalise ses propos par les adverbes, verbes de dialogue.
Exemple « doucement, il s’excusa » « Vous ne croiriez pas « COND, « Attendons » IMP mais à « nous » => essaie de mettre les hommes avec lui… « découragé, doucement… »
Candy doute de la valeur pour les autres de cet attachement, celui-ci est jugé a priori moins important que le confort des hommes.

3. Le narrateur ne prend pas parti mais décrit le jeu des regards : pathétique
Corpus : « Il baissait les yeux / Le regarda / jeta autour de lui un coup d’oeil malheureux / regarda longuement Slim / n’abaissa pas son regard vers le chien / contempla le plafond / Tous les hommes, sauf Candy, le regardaient. »
Chacun considère la situation de l’extérieur, par le regard (celui du chien n’est pas mentionné), cherche une solution, une explication, un appui. Mais les regards restent en surface, ne rencontrent pas d’autres regards.
Si l’attention est centrée sur Candy (par les adjectifs et adverbes précisant son ton etc.) celui-ci reste vu « de l’extérieur ».

On peut parler de focalisation zéro, ou point de vue externe.

Les sentiments ressentis ne sont pas exprimés par des pensées (discours indirect libre), des traits du visage regardés : aucune description ne précise le ressenti.
En ce sens, on se rapproche du théâtre, car comme dans ce genre, on constate l’absence :
– de commentaire du narrateur
– de focalisation interne par la description 

Cet « abandon » du personnage dans sa détresse, l’opacité de son ressenti pour le lecteur au lieu de le rendre « superficiel » lui donne au contraire une grande richesse. L’absence de manifestation empathique du narrateur, en laissant les personnages dans leur souffrance silencieuse donne encore plus de poids à chacun des gestes (se retourner, se taire), à chaque phrase prononcée. Des personnages simples prennent alors une dimension symbolique, ils représentent au delà d’eux-mêmes le destin des pauvres gens.

Conclusion
Dans les conditions de vie extrêmement modestes de ces journaliers, l’entretien correct, sans gêne pour tous, d’un vieil animal, est un « luxe » qu’on ne peut se permettre. Seule l’utilité justifie l’existence.
Le sentiment est « superflu ». Même s’il est puissamment ressenti, il ne peut être pris en compte par ce monde dur parce que très démuni.
C’est donc pour montrer l’inhumanité induite par la pauvreté, l’absence de toute charité possible, de tout amour possible que cette scène est racontée. Ce n’est pas, comme chez Maupassant la cruauté des hommes qui est critiquée (comme dans Coco) bien que Carlson soit un peu rustre, mais l’absence de place pour le sentiment dans des conditions de vie aussi précaires.
Il s’agit évidemment de bouleverser le lecteur et d’annoncer l’absence de place, dans ce monde, pour un être inadapté à la société.

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