3- PS Roman XXe STEINBECK Des Souris et des Hommes (1937) LECTURE 4 « J’ai encore fait quelque chose de mal. » Analyse

Problématique
Comment placer le lecteur au coeur de cette scène qui est un homicide involontaire, une mort accidentelle (causée par des violences, mais sans intention de tuer) sans porter de jugement sur l’acte ?

Angle de vue choisi pour l’analyse : l’expression des sensations dominant la scène et induisant des émotions, vite incontrôlables.

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Relevé et analyse des sensations ressenties
Sensations tactiles
Femme de Curley
« Quand je me coiffe, des fois, je me caresse les cheveux, parce qu’ils sont si soyeux. » « Elle passa ses doigts… » « Ses cheveux sont comme des fils de fer. Mais les miens sont soyeux. » « C’est ça qui les rend si fins. » « Touche là, autour, tu verras comme c’est doux. »
Lennie « commença à lui caresser les cheveux. » « Il caressa plus fort. »

Sensations auditives
« Elle se mit à hurler. » « Elle poussa un cri rauque. »
« Lennie commença à crier de frayeur. » « J’veux pas que vous gueuliez comme ça. » « Ne gueulez donc pas… »

Sensations visuelles
« Il abaissa les yeux vers elle. »

Analyse
Dans l’obscurité de la grange, une intimité sensuelle se noue entre les deux personnages. Le sens du toucher domine d’abord. Les deux protagonistes se retrouvent dans ce domaine des sensations, car Lennie ne peut soutenir une conversation, et tous deux manquent d’affection, et vivent leurs désirs dans des « compensations » (Elle se fait belle, et se promène en aguichant les hommes de la ferme, Lennie aime les animaux.) Puis, en raison de l’excès même de la sensation (caresser trop fort), les émotions se manifestent et modifient les sensations ; d’abord auditives, mutuelles : ils s’effraient l’un, l’autre. Enfin la sensation visuelle, qui est la plus élaborée, comme la première manifestation de l’intellect dans cette scène essentiellement faite de gestes « instinctifs », ne peut que constater que le corps est sans vie.

Les émotions qui se manifestent dans la scène LEXIQUE des émotions (=/= sentiments)
« Elle s’écria avec colère… »
« Lennie était affolé.
« Lennie commença à crier de frayeur. »
« Alors Lennie se fâcha. »
« Elle, … les yeux affolés de terreur.
« Il était furieux. »
« Il sembla éberlué. Puis il soupira, dans sa terreur : … »

Analyse
Très nettement, c’est la terreur de la femme qui suscite celle de Lennie.
La relation logique est détruite par la force de la sensation : « D’une secousse elle détourna la tête ET Lennie serra les doigts » Quand on attendrait ALORS lennie desserra les doigts.
Mais l’homme est incapable de raisonner, trop emporté par les sensations agréables, il ne peut pas plus arrêter son geste qu’il ne parvenait, dans la première scène, à se défaire de la petite souris morte.
On constate alors une inversion : la femme passe de la colère, légitime, à la peur ; quand chez Lennie, la peur suscite une colère incontrôlable.

Un seul sentiment est exprimé dans toute la scène, de part et d’autre. C’est Lennie qui éprouve un début de sentiment de culpabilité : « J’ai encore fait quelque chose de mal. » Mais celui-ci est en référence à un loi extérieure, la parole de George.

Conclusion
Le lecteur a donc été conduit au plus près du personnage, dans son ressenti, avec ce qu’il peut avoir de troublant, sans que le narrateur permette un jugement hâtif. La mort de la jeune femme apparaît donc comme causée par les deux protagonistes, victimes de leur « sensibilité » qui n’est pas assise sur une réflexion à sa mesure. Ce décalage entre leur besoin d’affection et leur capacité à le vivre est à l’origine du drame.
Misère donc de la condition de vie de cette femme aux ambitions naïves, mais qui reflètent une sensibilité en désaccord avec son milieu, écho de la sensibilité maladive de Lennie, qui ne charpente aucune pensée structurée. Ces deux personnages apparaissent donc comme victimes d’un destin, contre lequel ils n’ont pas les moyens de lutter.

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