3- PS ROMAN XXe STEINBECK « Le Vigile » dans La Grande Vallée (The long Valley) (1938) Parcours de lecture Analyse

« C’était tout simplement banal.

Problématique
Pourquoi les événements narrés par le personnage principal ne le sont-ils pas chronologiquement ?
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Présentation rapide du recueil (4e de couverture)
Dans une petite ville de Californie, un jeune militant s’apprête à vivre pour la première fois l’épreuve de la violence : comment va-t-il résister à la peur et à la souffrance ? En bavardant avec un rémouleur ambulant, une femme dans la force de l’âge, mariée à un fermier sans imagination, ressent un soudain désir de vivre, de voir du pays, de s’évader ; un instant, un même sentiment érotique de la terre la relie au voyageur ; mais l’évasion dont elle a rêvé se transformera en une sortie banale à Salinas, la ville voisine…
Treize nouvelles, dont le célèbre « Poney rouge ». Mais un seul livre, dont l’unité est l’amour de Steinbeck pour la grande vallée californienne de Salinas. La vallée où se passent les choses les plus ordinaires du monde – les plus grandes -, le pays où vivent les gens les plus simples, les plus mystérieux des hommes. »

Le commentaire d’une lectrice : « Il décrit la terre, il décrit les paysages et y enracine ses personnages avec des mots concrets alors quand ceux-ci s’essaient à une folie ou à une liberté neuve, on sent bien que les pieds ne décollent pas, qu’ils restent au sol, là où ils vont finir. » (Marie Lebrun)

Un autre : « Si vous ne connaissez pas du tout l’auteur, peut-être aurez-vous un petit aperçu de son talent en lisant ce recueil de nouvelles, sorte de pot pourri de Steinbeck. Des histoires assez variées qui rappellent ou qui annoncent plusieurs des œuvres majeures de l’auteur. Par exemple, « la rafle » et « le vigile » font grandement penser à En un combat douteux…, « la fuite » annonce La perle, « le meurtre » rappelle à certains égards Des souris et des hommes, « le harnais », « Johnny l’ours » et « la caille blanche » évoquent certains tableaux d’À l’est d’Eden, « le serpent » paraît tiré de Rue de la sardine, « les chrysanthèmes » et « le déjeuner » sont comme des petites miettes du célèbre Les raisins de la colère, le style délirant de « Sainte Catherine la vierge » a quelque chose à voir avec l’humour de Tortilla Flat quant à la plus fameuse des nouvelles, « Le poney rouge« , elle est peut-être celle qui a le plus d’identité propre bien que pleinement dans le style concret et efficace qui a fait le succès mérité de l’auteur. le seul regret que peut nous procurer ce recueil de nouvelles, c’est justement qu’il s’agit de nouvelles qui nous mettent l’eau à la bouche sans assouvir complètement notre soif. » (Anastasia Buergo

« Le Vigile » (1936) « The Vigilant » premier titre « The lonesome vigilante »traduction Max Morise

Originally published as “The Lonesome Vigilante” in an October 1936 edition ofEsquire magazine, “The Vigilante” later became the eighth story in Steinbeck’s short story collection entitled The Long Valley, which appeared two years later in 1938. Most critics associate the tale with an actual event, a lynching which took place in San Jose, California on November 16, 1933 when two men (John Holmes and Thomas Thurmond) were forcibly dragged from their jail cells and were hung in a public park. Holmes and Thurmond had been accused of killing and mutilating young Brooke Harte, the son of a local businessman, whose body was found in San Francisco Bay after a ransom plan for his safe return failed.

Un article sur les documents photographiques sur le lynchage des noirs aux Etats-Unis dans les années 1930

Introduction

L’analyse de cette nouvelle sera centrée sur un axe essentiellement : le déroulement chronologique du récit et l’importance, la signification de ces choix narratifs  pour évoquer ce lynchage.

On pourrait également travailler sur la façon dont l’événement est nommé (non nommé, pronoms indéfinis…) ceci reflétant la difficulté que Mike éprouve à prendre conscience de la mesure de cet acte (un meurtre) et / ou de sa culpabilité (insistance sur la foule, les justifications « monstre », le rôle argumentatif de la presse).

1. Le déroulement du récit Composition de la nouvelle

– « Un bûcher pour un cadavre ? » p. 112-114 Mike s’oppose au fait de brûler le corps qui est pendu
–  « Mike erre solitairement après le meurtre » pp. 114-115 Sentiment de solitude, et absence d’émotion forte
– « Récit d’un lynchage dans un bar » pp. 115-117 M. essaie de raconter ce qui vient de se passer : la pendaison
– « Témoin et acteur de la capture du noir en prison » pp. 117-119 M. fouille dans sa mémoire pour ressentir le poids de l’événement.
– « Retour nocturne et débat sur les noirs » pp. 119-123 Accord des deux hommes pour trouver le racisme justifié. Ce sont des monstres, même si certains sont des braves types.
– « Une femme soupçonneuse » pp. 123-124 M. paraît, aux yeux de sa femme, revenir d’une rencontre amoureuse…

=> Le récit se déroule après l’événement important qui vient d’avoir lieu. L’événement est connu en 2e page : il s’agit d’un lynchage. Mike (le vigile ? pour dire « celui qui empêche le feu » ? ou bien, celui qui est témoin, qui fait un effort de mémoire et de mémorisation« ) ne parvient pas à prendre la mesure de l’acte accompli. Il est hébété, comme ivre, après l’émotion forte qui vient de ressentir. mais il paraît ne pas se souvenir de ce « moment fort ». Ce qu’il a ressenti avec la foule, le plaisir de la violence ?, a disparu, est comme censuré par sa conscience.

2. L’évocation de l’événement majeur : bouleversement de l’ordre du récit

p. 124          p. 121          p. 119          p.117          p. 116           p. 115           p. 113

_______________________________________________________________> _  _  _  _

Racisme         Les coupables   coup fatal    Entree       « Attaque »      Au bar devant    Lynchage    M. sort du parc
généralités     dans la presse                      en prison    de la prison  la prison
contre les Noirs

=> La quasi-totalité du récit du lynchage est faire de façon ante-chronologique, on peut aussi parler de récit rétrospectif ; avec cette particularité que la narration recule dans le temps (récit inverse), dans la mémoire au fur et à mesure que le dialogue progresse. Comme si les causes, la logique de ce qui vient de se passer étaient inaccessibles…

Conclusion
Cet ordre narratif permet que le récit se dévoile peu à peu, à mesure que les questions du barman soient posées (dynamisme du récit). Ce déroulement montre aussi chez le personnage une certaine confusion, voire de l’inconscience. L’opposition entre ces deux déroulés chronologiques accentue l’écart entre la violence du geste et la responsabilité consciente qu’en a son auteur. Au lieu d’être « un acte de justice », ce jugement sommaire est un autre acte meurtrier, et qui procure des « sensations » comparées celles du plaisir (pulsions primaires).
C’est une analyse, discrète, mais très audacieuse des phénomènes de foules meurtrières, qui seront étudiées dans la psychologie des foules (notamment après le nazisme)
« L’individu lui-même est modifié par son appartenance à une foule, à un groupe anonyme le délivrant de sa responsabilité et lui conférant une certaine forme de désinhibition justifiant que la foule ne soit pas la somme ou la moyenne des caractères des individus la constituant. Par ailleurs, toute idée et tout acte naissant au sein d’une foule subissent une « contagion mentale » (p.13) qui aboutit à ce que « l’individu sacrifie très facilement son intérêt personnel à l’intérêt collectif » (p.13). Cette contagion est à rapprocher d’un phénomène de suggestibilité des foules sur l’individu se rapprochant d’un acte de fascination hypnotisant, démultipliée par l’action réciproque des individus les uns sur les autres. Dé-responsabilisation, contagion mentale et suggestibilité justifient l’abandon de la personnalité consciente des individus et son déclassement d’être doué de raison à barbare instinctif et primitif, facilement impressionnable. Si l’instinct prime sur l’intelligence, les foules peuvent alors être tout aussi bien criminelles qu’héroïques. » (Résumé de l’oeuvre de Gustave LE BON La Psychologie des foules (Jennifer MALLET)

Prolongement 

Par exemple
« Je ne pense pas parler par métaphores : le fait de parler d’une chasse à l’homme, d’une traque, n’est pas une métaphore. L’expression de « meute » – introduite par Canetti [18] – désigne une forme sociale collective qui ne figure dans aucun dictionnaire de sociologie. Même une unité militaire qui pendant des mois ne fait rien d’autre que d’encercler un village après l’autre et de capturer des victimes, se transforme, à chaque fois qu’elle passe à l’acte, à nouveau en meute. Des bavures, des brutalités incontrôlées ont alors lieu. Après l’action, elle se mue de nouveau en une sorte de troupe disciplinée. » (Les Formes de la violence, SOFSKY)

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