3- PS AUTOBIOGRAPHIE XXe R. DESNOS « Le Veilleur du Pont-au-Change » (1944) DTB Analyse

Problématique
Comment traduire, dans un poème, la tension entre
la présence intime d’un homme « sur le terrain », et le groupe de  Résistants, bientôt des Héros ?

1. Une évocation de Paris occupé 

1.1  La situation d’énonciation du texte
Les énonciateurs :
une des particularités de ce texte réside dans la multiplicité des énonciateurs. Plusieurs personnages disent : « Je » sans avoir été introduits comme personnage. On peut en compter
cinq.

– le veilleur de la rue de Flandres (« Je suis le veilleur de la rue de Flandres, / Je veille tandis que dort Paris. » v.1)

– Le veilleur du Point-du-Jour (« Je suis le veilleur du Point-du-Jour. / Le viaduc d’Auteuil. » v.5)

– Le veilleur de la Porte Dorée (« Je suis le veilleur de la Porte Dorée. / Autour du donjon le bois de Vincennes épaissit ses ténèbres. » v.9)

– le veilleur de la Poterne des Peupliers (« Je suis le veilleur de la Poterne des Peupliers. »v.13)

– le veilleur du Pont-au-Change (« Je suis le veilleur du Pont-au-Change / Veillant au coeur de Paris. » v.19)

Les temps et lieux de l’énonciation sont tout aussi complexes. Les prises de paroles se font toutes la nuit, mais depuis différents lieux de Paris. Les ponts représentent autant les passages du nord au sud de Paris, mais aussi, puisqu’ils sont surveillés, par les Allemands pour empêcher la libération par les alliés, mais aussi par les Résistants qui sont prêts à aider ces alliés (FFI). Les Ponts sont situés au nord, à l’ouest, au sud-est, au sud puis au centre de Paris. Toute la ville est donc veillée par ces hommes qui guettent. [sans le savoir, on peut le supposer]

On remarque donc une multiplicité des paroles et des lieux avec pour chacun un terme commun (veilleur et pont) et des variations dans l’espace ; les répétitions permettent de créer le sentiment d’un groupe, d’une identité commune.

 1.2 Les sensations qui permettent une représentation précise de l’espace décrit font appel à plusieurs sens.

Les sensations auditives sont les plus présentes :

– « J’entends passer des avions au-dessus de la ville » v.4, « vers l’ouest, j’entends des explosions » v.8, « J’ai entendu des cris dans la direction de Créteil / Et des trains roulent vers l’est avec un sillage de chants de révolte. » v. 9-10,  » Des rumeurs incertaines et des râles/ … Ce ne sont que fracas de guerre convergeant vers Paris. » v. 15-18

Les sensations visuelles sont aussi évoquées :

– « Vers le nord un incendie lointain rougeoie dans la nuit. » v. 3 , « Autour du donjon le bois de Vincennes épaissit ses ténèbres. » v.9

On peut aussi relever une sensation olfactive (« une fumée âcre » v. 14) et liée au mouvement (La Seine se love » v. 6)

On peut donc voir que l’élément auditif domine, ce qui est caractéristique d’un décor nocturne, d’autant que celui-ci est écouté par les veilleurs qui y recherchent des informations pour leurs tâches.

– La cause de ces sensations est explicite sans être précise. Il s’agit de la « guerre » (v.18) mais on ne sait pas à quel moment précis : le terme « cauchemar » transforme les combats de libération en un moment indiscernable et trouble.

– Historiquement le texte est situé grâce à l’expression : « les Allemands d’Hitler », il s’agit donc de la Seconde Guerre Mondiale (1939-1945)

1.3 Il y a plusieurs valeurs aux présents employés dans le texte : une valeur de présent d’énonciation, présents de description : « un incendie rougoie, la Seine se love… », « je suis… » ; un présent de généralisation : « vous tous qui résistez »

L’autre temps employé dans le poème est le passé composé : « j’ai entendu des cris » : il s’agit d’une action achevée dans le passé.

1.4 Le veilleur du Pont-au-Change occupe une place particulière dans l’espace décrit, puisque il est au centre de Paris, ce qui évoque une possible coordination des actions de résistance ou des combats menés ailleurs autour de lui. Dans le texte, ce personnage apparaît seulement à la cinquième strophe mais conserve la parole jusqu’à la dernière strophe, il est donc celui qui reprend, conclut les paroles des autres ; il s’adresse à eux tous, alors que chacun se présentait comme dans un cri d’appel, de vigiles sur des remparts.

 2. Un poème de libération

2.1 Sur le plan de la versification, on peut noter que ce poème est écrit :
en vers libre (v.1 10 syllabes, v.2 9 syllabes, v. 3 14 syllabes…) ces variations dans la mesure sont aussi accompagnées de liberté dans la rime.
– il y a cependant des effets rythmiques par les répétitions de certains termes, et de certains sons (assonance en « i » dans la première strophe pour signifier peut-être l’éveil, la vigilance ; ou allitérations en « s » dans la dernière, reprenant en écho le « salue »)
– Absence de ponctuation
– Figures de construction qui créent un certain désordre : inversions du sujet, antithèse (cris souffrance / victoire)…

2.2 La figure de style qui rythme le poème est l’anaphore (« Je suis le veilleur ») : il s’agit d’une répétition en début de vers, très sensible. Cet effet crée un lien entre les veilleurs et une chaîne de cris qui ceinture Paris comme une parole magique (ou un mot de passe) qui le protège.

2.3 Les activités énumérées dans les vers 30 et 31 (« Imprimeurs, porteurs de bombes, déboulonneurs de rails, incendiaires / Distributeurs de tracts, contrebandiers, porteurs de messages ») ont en commun de constituer des actions illicites de résistance en vue d’une lutte clandestine contre un occupant. Les actions sont qualifiées de « travail clandestin » (v.29) mais ce travail est un acte de résistance « résistez » (v.32)

2.4 Les âges de la vie évoquées aux vers 32-33 sont l’adolescence et la vieillesse (« enfants de vingt ans », « vieillards plus chenus… » ; il s’agit pour le poète de montrer que tous les âges de l’homme sont concernés par le fait de résister à l’occupation.

2.5 Les compléments circonstanciels de temps présents dans les strophes 6 et 7 sont : « au seuil du jour promis », « après le dur travail clandestin », « au seuil du nouveau matin » ; l’événement qui est suggéré par ces compléments est la Libération de Paris, qui est proche et espérée, mais dont la date n’est pas connue. Le jour « promis » et le « nouveau » matin évoquent une libération qui touchent profondément les hommes, un autre avenir, un pays libre, non pas seulement libéré des Allemands l’ayant envahi.

2.6 Les sentiments qui naissent à la lecture de ce poème sont l’espoir, après la crainte ou les terreurs nocturnes. Mais aussi l’admiration pour les Résistants.

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