3- Agir dans la cité J. PRÉVERT Paroles (1946) LECTURE « La Chasse à l’enfant » (1936) Analyse

 Questions pour une lecture méthodique

Groupes jaune :
* Quel est le genre de ce texte ? Donner trois arguments pour appuyer la réponse. (Aide : Fiche mémo)

Il s’agit d’un poème.
Bien que les éléments constituant un poème classique ne soient pas présents (régularité rythmique, nombre de syllabes compté, régulier ou rythmé, rimes en fin de vers, strophes assemblées pour un poème construit selon un modèle connu, comme le sonnet ou la balade).
Ce qui constitue donc ce texte en poème ce sont :
– les jeux sur les rythmes, avec la présence d’un refrain et de strophe, des jeux avec les sons (assonances Oiseaux / eau), les figures de style, le  thème du poème : une scène racontée pour susciter un engagement (politique et social) humaniste.
Conclusion
Un poème de facture moderne pour une thématique d’actualité et engagée dans le présent.
Colonie de METTRAY Travail des colons dans la carrière

Colonie de METTRAY Travail des colons dans la carrière


Groupes rose-orange :

* Quels sont les effets et les variations du rythme ? Justifier leur intérêt.

L’absence de ponctuation est le premier élément rythmique à noter :
L’absence de ponctuation ou les jeux de ponctuation laissent en suspens le sens à certains moments ( vers 31) et relient les parties différentes, sur le plan de l’énonciation, qui constituent ce poème (passage des couplets au refrain). Elle permet de lier les termes (vers 17).
Les effets sonores rythment également le poème :
Assonances et quelques rimes : Oiseaux / eau, Chenapan / hurlements, dent / ciment, gens / enfant, permis / mis, nuit / bruits, s’enfuit / fusil, rivage / rage,
La longueur des vers Refrain 8 syllabes (prononciation à la « parisienne », ou allemande, « ch’napan), rythme très fréquent dans le poème. Avec des strophes plus denses : 7 syllabes « Maintenant il s’est sauvé / Et comme une bête traquée / Ils galopent dans la nuit / et tous galopent après lui » ou plus lentes, longues : « Rejoindras-tu le continent rejoindras-tu le continent » 16 syllabes et (v. 17) « Les gendarmes les touristes les rentiers les artistes » (12 syllabes si apocope du « e »).
L’irrégularité des strophes : D’un seul vers (31) à 8 vers (pour l’irruption des « braves gens »)
Les figures de la répétition : voir 3.
Conclusion
De nombreux jeux sur les rythmes pour mimer la chasse, son emportement, sa violence, son aspect « aveugle », mu par des instincts « animaux ».

Groupe bleu-vert :

* Relever plusieurs figures (analogie, amplification) et dire leur intérêt.

– Les Figures de l’analogie :
Comparaison : « Comme une bête traquée » (v. 14) file la comparaison avec la chasse, mais aussi l’animalisation de l’enfant, rendu fragile par le « traqué » (Lexilogos : Poursuivre, rechercher pour attraper et tuer.)
Métaphores :
« meute » pour groupe ou foule, c’est une animalisation.
« vert de rage » : Qui a perdu sa carnation habituelle pour prendre une grande pâleur, nuancée d’un ton entre le bleu et le jaune, sous l’effet […] de l’émotion, des sentiments négatifs.
La rage (Lexilogos : État affectif pouvant se manifester par une grande violence verbale ou physique, ou par un silence hargneux fait de colère, de ressentiment ou de haine, qui est généralement causé par un sentiment d’impuissance devant une situation frustrante.) Animalisation des poursuivants par le rapprochement avec la maladie infectieuse.
L’eau et les oiseaux qui ouvrent et ferment le poème rappellent la présence de la nature : ici l’eau se fait prison, mais les oiseaux symbolisent l’aspiration à la liberté.
– Les figures de l’amplification
* La gradation (v. 17) « Les gendarmes les touristes les rentiers les artistes » D’une catégorie « à sa place » dans sa fonction de recherche des fuyards, à l’artiste, étonnant à cette place (des artistes peintres ? ou au sens figuré des artistes défenseurs de l’ordre établi ? )
* Les répétitions : (v. 31) Strophe 1 et strophe 9, et vers 7-8 et 19-20, le refrain.
Nombreuses répétitions pour accentuer l’impression de cris collectifs, de scansion de phrases pour motiver la foule, la faire agir instinctivement.
Répétition finale  motivée par l’inquiétude et l’indétermination : v. 31.
* Généralisation : « On » (voir dernière question) et « tous » v. 22, 27, 28 et « meute », groupe, collectif avec « la psychologie des foules » [http://classiques.uqac.ca/classiques/le_bon_gustave/psychologie_des_foules_Alcan/Psycho_des_foules_alcan.pdf p. 25 : Impulsivité, mobilité et irritabilité des foules]
Conclusion
Davantage de figures jouant sur la syntaxe, la phrase (averbale pour le refrain, ou développée « Il avait dit … ciment« ) que sur les images : volonté de réalisme dans cette scène choquante et amplifications pour emporter le lecteur dans cette émotion.

Tous :

* Chercher les différents énonciateurs => lecture collective : combien de locuteurs ? avec quel point de vue ?

– v.1 Un cri sans énonciateur, sans guillemets. Qui parle ? On ne le sait pas. Un locuteur interne au récit mais non nommé.
– Un début de scène en « IL » « Au-dessus de l’île il y a des oiseaux. »
– v.5 une question sans énonciation nommé => Second locuteur présent dans le texte mais non dans le récit qui s’interroge sur le premier : c’est le narrateur [raconteur de l’histoire qui s’interroge]
v.7 à 23 Retour au récit en « IL »
v. 9 C’est le garçon qui se révolte qui prend la parole.
– v. 23-24 Retour du second narrateur qui questionne la situation, après les cris, les « bruits » de coups de fusil.
– v.26 « On » toujours intéressant : ILS ? Ceux qui ont été nommés au vers 17 ? mais ce « ON » en fait une généralisation. Il donne l’impression que tous les vacanciers se joignent à la « chasse. »
v.31 « Rejoindras-tu… » C’est le second narrateur, celui qui pose des questions qui intervient à nouveau, mais maintenant il s’adresse, même en pensée, directement à l’enfant, en narrateur INTERNE donc. Comme s’il avait pris connaissance de l’événement par le récit, et que, sachant ce qui est arrivé, il est nécessairement maintenant « du côté de » l’enfant, sensible à l’espoir de sa fuite.
On peut ici faire un rapprochement avec le film de François TRUFFAUT qui se termine gélament sur cette question ouverte : Antoine est-il libre ? Va-t-il être rattrapé ?
Conclusion
Une énonciation en Il qui domine, pour constituer un récit.
Des paroles rapportées sans guillemets mêlent au récit les paroles de l’enfant et des « chasseurs ».
Des interventions du narrateur destinées à créer une attente, une angoisse qui font de la scène un grand moment de tension, mais qui interpellent également le lecteur.
Puis un dialogue, avec l’intimité inquiète du « tu » : le poète a pris cause pour l’enfant.

Réponse à la problématique :
Le lecteur est emporté dans le poème par le rythme, et l’énonciation complexe qui fond les personnages chasseurs dans un décor « animalisé », quand seul l’enfant a une parole assumée (« dit ») en tant que personne. Les figures quant à elles, participent de la restitution de la frénésie aveugle et violence des chasseurs pour rendre ce lecteur sensible à la situation de l’enfance brisée.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.