3- Dénoncer les travers de la société J. PREVERT « Paroles » (1946) LECTURE 1 « Tentative de description d’un dîner de têtes » Extraits

Travail de lecture sur des extraits de l’écrit, extraits conservant la progression narrative.

Extrait du texte

« Ceux qui pieusement…
Ceux qui copieusement…
Ceux qui tricolorent
Ceux qui inaugurent
Ceux qui croient
Ceux qui croient croire
Ceux qui croa-croa
Ceux qui ont des plumes
Ceux qui grignotent
Ceux qui andromaquent
Ceux qui majusculent
Ceux qui chantent en mesure
Ceux qui brossent à reluire
Ceux qui ont du ventre
Ceux qui baissent les yeux
Ceux qui savent découper le poulet
Ceux qui sont chauves à l’intérieur de la tête
Ceux qui bénissent les meutes
Ceux qui font les honneurs du pied
Ceux qui debout les morts
Ceux qui baïonnette… on
Ceux qui donnent des canons aux enfants
Ceux qui donnent des enfants aux canons
Ceux qui flottent et ne sombrent pas
Ceux qui ne prennent pas le Pirée pour un homme
Ceux que leurs ailes de géants empêchent de voler
Ceux qui plantent en rêve des tessons de bouteille sur la grande muraille de Chine
Ceux qui mettent un loup sur leur visage quand ils mangent du mouton
Ceux qui volent des œufs et qui n’osent pas les faire cuire
Ceux qui ont quatre mille huit cent dix mètres de Mont-Blanc, trois cents de Tour
Eiffel, vingt-cinq centimètres de tour de poitrine et qui en sont fiers
Ceux qui mamellent de la France
Ceux qui courent, volent et nous vengent, tous ceux-là, et beaucoup d’autres entraient fiévreusement à l’Elysée en faisant craquer les graviers, tous ceux-là se bousculaient, se dépêchaient, car il y avait un grand dîner de têtes et chacun s’était fait celle qu’il voulait »

Texte sur lequel nous travaillons :  PREVERT Paroles (1946) Extraits

Questions :

  1. Une description : Quelles sont les cibles de la satire ?
  2. Une narration : Quelle est la composition du texte ?
  3. Quels sont les procédés à l’oeuvre pour dénoncer les travers pointés ici ?

Jacques PRÉVERT Collage

Éléments de réponse

  1. Une galerie de portraits Les cibles de la satire :

  • Les grands bourgeois, la noblesse qui forment la cour du président « Un vieux diplomate, ami… » « l’ombrelle de la jeune fille dans le sang » « ceux qui brossent à reluire »
  • Les gens « cultivés et bêtes (« chauves à l’intérieur de la tête »),  » « Ceux qui andromaquent, ceux qui ne prennent pas le Pirée… » « Ceux qui ont quatre mille huit cent dix mètres de Mont-Blanc… et qui en sont fiers », culture classique conformiste.
  • Les religieux, l’Église « ceux qui pieusement… ceux qui bénissent les meutes », les hypocrites, dévots « ceux qui croient croire »
  • Les Militaires « Ceux qui baïonnettent…on » « ceux qui donnent des enfants aux canons »…

2. Une forme narrative

Un schéma narratif pour construire un récit support de la critique

  • Situation initiale : le défilé des « têtes » et le discours du président
  • Élément perturbateur : L’arrivée de l’homme à tête d’homme
  • Péripéties : Son discours sur la vraie vie, et son récit rétrospectif de la mort de la famille « impériale »
  • Élément de résolution : la mort de l’homme tué d’un coup de carafe
  • Situation finale : Le printemps, la vie continue, mais tous ne sont pas heureux

Une forme chronologique qui guide la lecture mais détournée, et sans logique (président-empire), avec une présence importante du narrateur. La satire est à l’origine un mélange de genres, ce qu’est le texte : descriptif, narratif et argumentatif. Reportage mondain, portraits, courtes narration, intervention du narrateur.

3. Les procédés mis en oeuvre pour critiquer

  1. L’inventivité lexicale
  • néologismes
  • polysémie

2. La forme poétique

  • l’absence de ponctuation (Apollinaire)
  • les jeux sur les sons, les rythmes

3. Les figures de construction

  • l’inventaire, les listes
  • les anaphores
  • répétitions

4. Les figures de l’analogie : rapprocher ce qui est éloigné, l’absurde

  • paronymes pour rapprocher des idées :
  • comparaison
  • métonymie
  • métaphore, personnification
  • synecdoque

Conclusion

les visées de la critique

  • Le fait de vivre « entre eux » d’ignorer la vie réelle des gens ordinaires, pauvres
  • La suffisance, les certitudes des gens « cultivés », qui partagent une culture, le conformisme
  • Le fait, pour les religieux, d’être soumis au pouvoir, de ne pas défendre la vie des jeunes soldats
  • Le sacrifice des hommes pour la patrie

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