3- EPI CCA J. TARDI C’était la guerre des tranchées (1993) « L’Exécution » 1. Contextualiser

Pour préparer à l’épreuve orale du Brevet, il est étudié deux planches de la bande dessinée de Jacques TARDI C’était la guerre des tranchées (1993) « L’Exécution ».
Cette analyse de l’image et du texte sert ici « d’exemple » pour une étude problématisée, mais ne constitue pas un projet.TARDI Couverture de l'album, c'était la guerre des tranchées
L’objectif de la séance est, outre de découvrir TARDI, de donner des outils pour pouvoir analyser les bandes dessinées lues dans le cadre de « Bandes dessinées et histoire contemporaine« .

La problématique de cette analyse est :
Comment individualiser la narration de façon à susciter l’émotion du lecteur, tout en rendant comptant de la puissance anonyme de la guerre de masse ?

  1. Contextualisation : le contexte et la biographie de l’auteur

1.1 Le contexte artistique de création : La bande dessinée au XXe s.

Une histoire brève de la bande dessinée (sur le site https://scribium.com/belya-dogan/a/petite-histoire-de-la-bd-du-19e-siecle-a-nos-jours/ après relecture.)

Introduction
Ce n’est véritablement qu’au tout début du XXe siècle que la bande dessinée commence à affirmer des contours plus nets. A partir de 1905, les aventures de « Bécassine » (de LANGUEREAU et PINCHON) paraissent dans le magazine « La Semaine de Suzette ». La même année, le Herald Tribune fait découvrir à ses lecteurs américains « Little Nemo in Slumberland » de Winsor Mc Kay.

1920 – 1950 : la naissance d’un art populaire
Dès 1929, les « Aventures de Tintin » paraissent, dans le supplément périodique destiné aux enfants, du journal belge Le Vingtième Siècle. George REMI dit HERGE reprend le style de la ligne claire, déjà présent dans les œuvres d’un autre artiste (Alain SAINT-OGAN, auteur de « La famille Illico » et de « Zig et Puce« ). Mais il ajoute à ce style l’art du dépouillement du récit ainsi qu’un sens aigu de l’ellipse, apportant un dynamisme remarquable à ses récits. Il est le premier auteur européen à s’inspirer de la littérature classique et à faire un véritable travail de recherche documentaire.
Bécassine chez les alliésDurant les années 1930 à 1950 de nombreux magazines destinés à la jeunesse font leur apparition et deviennent les supports de la bande dessinée. On peut citer entre autre : « le Journal de Mickey », « Pilote », « le Journal de Spirou« , « Vaillant » qui s’appellera en 1969 « Pif Gadget ». Aux Etats-Unis les comics strip se multiplient dans les journaux (« Peanuts » de SCHULZ, « Calvin et Hobbes » de WATTERSON, etc.) et les « Comics books » mettant en scène des supers héros (Superman, Batman, le Fantôme, etc) font recette. Dans le même temps, la BD franco-belge s’affirme plus classique dans ses thèmes et son traitement (« Tintin » de HERGE, « Astérix » de GOSCINNY , « Achille Talon » de GREG, « Luky Luke » de MORRIS, « Alix » de Jacques MARTIN …).

1950 – 1990 : Les années de la maturation du 9e art
Mais la bande dessinée inquiète et une loi du 16 juillet 1946 exerce une véritable censure contre les « publications de toute nature pouvant représenter un danger pour la jeunesse » (loi toujours en vigueur). Les éditeurs auto-censurent alors leurs auteurs et procèdent à des coupes allant du simple recadrage (pour cacher un élément) à la retouche entière de certaines cases . Mais malgré ce contexte, la BD, stimulée par ces contraintes, se prépare à prendre son véritable envol commercial.
Les séries parues dans les périodiques sont, grâce à leur succès, éditées en albums et connaissent une vraie explosion des ventes dans les années 1970-1980. Cette date est aussi celle de la fin des magazines jeunesse qui auront fait la popularité de la bande dessinée. D’autres magazines s’adressant cette fois aux adultes (Hara Kiri, Métal hurlant, Fluide glacial,…) prennent la relève, avec un peu moins de succès. Peinant à sortir de ses clichés, la bande dessinée devra attendre encore quelques décennies pour être perçue comme une forme littéraire à part entière.
ici-meme-tardi-forest-couvCe virage s’amorce discrètement dans les années 80. C’est dans ces années que la BD atteint une maturité nouvelle sous la forme du roman graphique. Mêlant créativité picturale et narrative, ce nouveau genre confirme avec talent le désir de la BD d’élargir un lectorat, hier passionné de magazines pour enfants, aujourd’hui devenu adulte. Les auteurs qui illustrent ce renouveau, sont maintenant considérés comme des classiques : l’Américain Wil EISNER pour « Un bail avec Dieu« , l’Italien Hugo PRATT pour « la Ballade de la mer salée« , le Français TARDI pour « Ici même« , pour n’en citer que quelques uns.
Les années 1990 voient arriver notoriété et réussite commerciale, même si la BD reste tenue à distance par les professionnels de la littérature et des médias. Les lecteurs se chargent de sa publicité et les ventes records se multiplient. Les séries « Lanfeust de Troy« , « Largo Winch« , « Blake et Mortimer » ou encore « Titeuf » se vendent à près de 500 000 exemplaires par titre, chiffres difficilement atteints par les autres secteurs éditoriaux.

1990 -2010 : les années de la consécration ?
Alors que la première moitié du XXe siècle a été pour la BD le temps de la naissance et la seconde moitié celle de la reconnaissance par ses lecteurs, le XXIe siècle s’annonce comme celui de la légitimation. Même s’il lui reste à trancher de nombreux débats : le statut du coloriste, l’arrivée du modèle des studios questionnant le « droit de la propriété intellectuelle ». La BD doit également, comme les autres formes d’arts, s’adapter à la révolution du numérique : droits des auteurs, place du libraire, piratage, création d’une plateforme unique de distribution numérique pour contrer le géant Google, harmonisation entre contenus et supports.
Longtemps boudée par les autres acteurs de la vie artistique, elle attire, aujourd’hui, à elle les arts académiques : le cinéma s’appuient sur ses succès pour remplir les salles obscures (« Astérix » de GOSCINNY et UDERZO, « Les Beaux Gosses » de Riad SATOUFF, « Largo Winch » de VAN HAMME et bien d’autres encore); La littérature classique fait l’objet maintenant de nombreuses adaptations (par exemple l’éditeur Delcourt, collection « Ex Libris »), le théâtre met en scène des personnages de BD (« Les Bidochons » de BINET sur les scènes parisiennes). Quand ce n’est pas plus prosaïquement la publicité qui fait appel à elle, ayant saisi toute la force d’un médium.

Largo_Winch_(2008_film)_posterEn conclusion
Après plus d’une centaine d’années lors desquelles la BD a été largement identifiée, et appréciée, selon ses origines géographiques de création, elle n’a de cesse aujourd’hui de brouiller les pistes. Le Manga, le style franco-belge et le Comics se rapprochent pour se nourrir de leurs différences. Des formes hybrides apparaissent comme le Manfra associant Manga et Franco-Belge. Les révolutions numériques font aussi évoluer la création. Une autre évolution récente est sensible : les circuits de diffusion et les auteurs comptent de plus en plus de femmes.

Un succès toujours croissant, signe des temps ou preuve d’un insolent opportunisme ? la bande dessinée ne répond pas à cette question, en art polymorphe par excellence, elle s’adapte, avec art, au mouvement qui la fait vivre…

BD Des listes de « meilleures BD »
http://www.bedetheque.com/indispensables.html
http://www.lefigaro.fr/bd/2011/05/02/03014-20110502ARTFIG00461-bd-la-bibliotheque-ideale.php

La guerre de 1914-1918 en BD
http://www.citebd.org/spip.php?article5664 Références, choix et liens.
http://www.ac-grenoble.fr/disciplines/hg/file/pedagogie/college/3e/histoire/ABouineauPremiereGuerreBD/BD_et_1GM_BOUINEAU.pdf Analyse synthétique, présentation des BD et nombreuses illustrations grand format, pour apprécier les styles.

Les oeuvres de Jacques TARDI
http://www.senscritique.com/contact/Jacques_Tardi/136335

1.2 La bande dessinée et la Première Guerre mondiale

Pourquoi cet attrait pour La Première Guerre mondiale en BD ?
D’après La Grande Guerre au miroir de la Bande dessinée Vincent MARIE (http://centenaire.org/fr/arts/la-grande-guerre-au-miroir-de-la-bande-dessinee#3)
Jacques TARDI avec C’était la guerre des tranchées (1993) fait figure de classique fondateur

gibrat-matteoune mise en récit de souvenirs familiaux souvent traumatisants (son grand-père gazé, récits faits par sa grand-mère, pour JT , comme Jean-Pierre GIBRAT avec Mattéo (2008) , le fils d’un anarchiste espagnol, réfugié à Collioure, ou  PPOLLO dans La grippe coloniale (2003) qui inscrit le récit dans une histoire familiale intergénérationnelle et personnelle.
Dessiner sur 14-18 devient sous les pinceaux des artistes une aventure où l’intime côtoie la Grande Histoire la plupart albums qui paraissent aujourd’hui consignent une démarche pacifiste et antimilitariste (en contrepoint aux BD de l’époque, militaristes).
Du point de vue franco-belge l’évolution de l’image de l’ennemi ou du soldat apparaît ici comme exemplaire. La représentation actuelle est une dénonciation de la guerre, non des « boches ».

Enfin,  il semble exister aussi certaines affinités particulières entre les matériaux que la Première Guerre mondiale – guerre moderne et totale – propose à l’imagination et les codes spécifiques de la bande dessinée : les auteurs puisent dans tous les genres littéraires (réaliste, documentaire, fantastique, policier…), pour construire un récit souvent complexe : récits parallèles => montage alterné (TARDI) ; récit rétrospectif (Une après-midi d’été de Bruno LE FLOC’H (2006 ) ; récits polyphoniques ; récits sans paroles (Nicolas JUNKER dans Le Front (2003 )…
L’imagination graphique est aussi fortement sollicitée par les événements et leur violence.

Pour mettre la guerre « à distance », les artistes puisent dans les ressources du neuvième art.
L’approche réaliste tente de produire un « effet de réel » (TARDI Putain de guerre, avec l’historien Pierre VERNEY (2008) par des micro-histoires de combattants dans les tranchées. Récits de scènes quotidiennes et non de grands faits historiques. C’est la somme de ces histoires individuelles qui contribuent à forger selon lui la grande Histoire.
L’approche fantastique, procédant par croisement ou détournement des matériaux du réel, permet de donner à voir le ressenti au delà des faits.
(Par exemple : COMES avec L’ombre du Corbeau (1981) ou Manu LARCENET avec les aventures rocambolesques de Vincent van Gogh dans La ligne de front (2004)
L’approche comique est rare du fait du sujet. (Exemple de Humour en tranch(é)es de ARMANT et CARPENTIER (1986) s’appuie par exemple sur une multitude de saynètes sarcastiques de la vie des soldats au front).

Comes l'ombre du corbeauLes formes de la représentation de la Grande Guerre en BD
Les éléments spatio-temporel des faits connus cadrent les récits (l’assaut, les conseils de guerre, les exécutions ; le no man’s land, les tranchées, l’arrière ; le front du nord (même si aviation et marine peuvent être présentes Le Baron rouge, par exemple)
Les éléments iconiques (images) ou verbaux (texte) signifiants : les uniformes, les accents
Le point de vue de l’auteur s’exprime par les choix de scènes et le mode de représentation (le pacifisme de TARDI visible dans les scènes de marmitage, d’utilisation des gaz, par exemple) ainsi qu’une volonté de montrer l’inimaginable…

Il apparaît donc que l’image de Grande Guerre dans la bande dessinée en est un reflet déformé, les dessinateurs s’appuyant sur un long cheminement historique et des représentations peuplant les imaginations.
Même si les points de vue les plus divers, grande variété de thème, la recherche d’une conciliation entre la peinture de l’horreur de masse et l’individualisme propre au héros classique ont été explorés.
Il reste des sujets peu montrés comme l’arrière.

1.3 La biographie de l’auteur (d’après Wikipédia)

Jacques TARDI (né le 30 août 1946 à Valence) est un auteur et dessinateur de bande dessinée française.
Adolescence : a fait les Beaux-Arts de Lyon puis les Arts décoratifs de Paris2. Il a passé son enfance dans l’Allemagne de l’après guerre, avec son père, qui était militaire de carrière.
Carrière : Il débute en 1972 avec le récit Rumeurs sur le Rouergue, pré-publié dans Pilote, sur un scénario de Pierre CHRISTIN.
En 1976, et à la demande de son éditeur Casterman, Tardi commence une série qu’il poursuit pendant de nombreuses années : les Aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec.
Tardi BurmaEn 1979, il publie le livre Ici-Même qui est considéré comme l’un des précurseurs du roman graphique français.
En 1982, il commence la série des Nestor Burma d’après l’écrivain Léo MALET.
En 1984, il publie Le Trou d’obus, première histoire qui sera intégrée à  C’était la Guerre des tranchées (1993).
« Le dessinateur commence à signer dans le périodique (À Suivre), à compter du numéro 50 de mars 1982, les différentes chroniques des combats qui constitueront la matière de C’était la guerre des tranchées. Constitué d’épisodes courts sans lien direct les uns avec les autres, ce travail d’archiviste de la Grande guerre, au plus près du quotidien des soldats et de l’épouvantable réalité des tranchées est d’abord publié par le magazine de manière sporadique, au rythme de l’emploi du temps de TARDI (occupé par Adèle et Nestor Burma) pendant près de dix ans, jusqu’à la publication en recueil en 1993, ces écrits étant précédés par une histoire courte « Le Trou d’obus« , initialement publiée en 1984 à l’imagerie d’Epinal. » (Document du 41e festival d’Angoulême, dossier de presse
La Première guerre mondiale est très présente dans son oeuvre, soit comme « toile de fond », soit comme sujet principal. On reconnaît à ses travaux une grande rigueur historique, même si l’expression de son opinion pacifiste a pu lui être reprochée.  En effet, il dénonce régulièrement, grâce à ses personnages et aux péripéties qu’ils rencontrent, le concept de patriotisme ainsi que les valeurs de la Nation française.
En 1988, il est l’illustrateur de Voyage au bout de la nuit de CELINE (1932), puis de nombreuses oeuvres de cet auteur, chez Futuropolis.
En 2001, Il publie Le Cri du peuple, d’après le roman de Jean VAUTRIN sur La Commune (1871).
En 2012, il publie Moi, René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag II-B, à partir des souvenirs de la captivité de son père durant la Seconde Guerre mondiale.
Il est lauréat en 1985 du Grand prix de la ville d’Angoulême.

Son œuvre, traduite en plusieurs langues, a gagné la reconnaissance, au-delà même du monde de la bande dessinée.

Vidéo Portrait de Jacques TARDI « Autour de la Grande Guerre »


A 25 minutes, on voit l’artiste concevoir une vignette.
A 39 minutes, analyse d’une image : les diagonales pour « avoir du rythme ». Le choix des priorités : l’encre pour mettre en avant.
Encrage et gouache à 40 minutes : importance de l’épaisseur du trait.
La couleur pour valoriser et attirer l’attention sur le corps mutilé.
Le texte ajoute à l’image, ne la redouble pas.
Les gueules cassées : une « galerie » faite d’après photo à 44  minutes.
Sa préoccupation : comment faire partager l’émotion ressentie par les événements narrés ? Les limites de l’image, l’importance du texte. Mise en place de spectacles : chansons, images, lecture, présence humaine.

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