3- BREVET Français Session 2018 M. AYME Uranus (1948) Texte et questions. Corrigé

Lien vers le sujet

Compréhension et compétences d’interprétation

1. La scène du roman de Marcel AYME Uranus que nous étudions se déroule dans un café. Nous en avons pour preuve des éléments du décor : l.5 « son zinc », ou l.28 « de table en table ». Ce qui est tout à fait surprenant, c’est que dans ce café, se déroule une cours de français. Nous comprenons que nous sommes pendant l’après-guerre de 1939-1945, et nous supposons que le collège a été détruit.
Léopold est le patron de ce café, et il est marié à un personnage appelé : « la patronne ». On peut lire ligne 3 : « le patron alla retirer… » ou ligne 17 « A son zinc, Léopold suivait la récitation… »

2. Tout d’abord Léopold manifeste par sa posture, son attitude son intérêt pour la récitation : Il se penche sur son siège pour voir l’élève qui récite (l.9), puis en suivant au plus près l’oral des élèves au point de remuer les lèvres en même temps qu’eux, ce qui prouve aussi qu’il connaît Andromaque par coeur. Ensuite le narrateur nous informe que « son grand regret était de ne pas participer à ces exercices qu’en simple témoin » (l.20) On voit donc que Léopold s’identifie entièrement aux élèves de troisième.

3. Léopold établit plusieurs liens sensibles avec le personnage d’Andromaque.
Tout d’abord Léopold éprouve vis-à-vis de cette grande figure de la guerre de Troie « timidité et [le]respect » (l.23) Ces deux émotions montrent que Léopold avait non seulement lu et étudié cette pièce au collège mais aussi que il avait compris la difficile situation de l’épouse d’Hector, et qu’il en avait ressenti admiration et pitié. Ensuite Léopold se sent proche du personnage de Racine au point d’imaginer sa propre interprétation du rôle : une interprétation sensible avec des « accents propres à émouvoir le jeune guerrier » (l.24). Enfin précisant son interprétation, il imagine les nuances de sa propre voix, qu’on suppose virile, jouant le rôle de cette jeune mre captive. Ce qui nous montre que Léopold est sensible à la musique des vers de Racine.

4. Léopold est très ému lorsque Odette lit la tirade d’Andromaque. Ses joues sont « cramoisies », c’est-à-dire très rouges, Léopold partage donc l’humiliation, la supplication d’Andromaque : il semble vivre les épreuves que traverse le personnage. Au point que des larmes ruissellent sur son visage, exprimant une profonde tristesse et une grande pitié pour la jeune veuve. (l.39). On voit que l’identification aux personnages souhaitée par les tragédiens est totalement réussie avec Léopold.
L’image créée par l’auteur est une métaphore : « une voix claire, encore enfantine, où tremblaient des perles d’eau fraîche ». Les perles d’eau évoquent une rosée suscitant des images de nature, de fraîcheur, d’aube… qui accentuent la fragilité et la jeunesse d ela voix, à la fois différente de celle que la jeune mère qu’est Andromaque, mais illustrant très bien la pureté de son attachement. Cette voix aussi fragile qu’enfantine peut aussi réveiller chez le cafetier des souvenirs de sa propre enfance, des premières grandes émotions ressenties, grâce à la lecture de cette tragédie.

5. Le photogramme extrait du film Uranus de Claude BERRI (1990) reproduit un effet comique présent dans le texte, mais avec les moyens propres à l’image mobile.
Tout d’abord un fort contraste oppose les deux personnages : l’un est saisi en plan américain, en pleine action de déclamation, l’autre est assis et saisi en plan buste, immobilisé dans sa pose assise. Sur l’acteur (G. DEPARDIEU) interprétant Léopold la lumière éclaire son visage comme le ferait un projecteur de théâtre alors que le visage de l’actrice jouant la patronne est dans l’ombre et que la seule lumière est celle qui met en valeur les pommes de terre qu’elle épluche. Enfin, la posture oppose ces deux personnages saisis en plan d’ensemble, le regard de la patronne est tourné vers sa tâche d’épuchage, ses bras sont baissés ; les bras aux mains ouvertes, dans une posture de tragédien, Léopold a le regard tourné vers les cieux (le plafond du café) là où sont portés ses sentiments : des grandes questions de fidélité, de vie ou de mort. Tout oppose donc ces deux personnages créant un contraste comique ; le comique reposant sur une rupture de ton ou un fort décalage.

Dans le texte de Marcel AYME, ce décalage est aussi à l’oeuvre : le comique de langage opère par l’opposition entre les vers de Racine, et le registre de langue familier qui est celui des patrons du café : « Qu’est-ce que t’as? » (absence de pronom sujet) « Tu peux pas comprendre » (Absence d’une partie de la négation). Ce registre familier s’opposant fortement au registre très soutenu de Racine : « un spectacle assez doux / Que la veuve d’Hector pleurant à vos genoux. »
Dans l’attitude également, les personnages s’opposent, créant un comique de situation : quand Léopold est transporté par l’émotion, la patronne est occupée dans  » sa cuisine » (l.37) ; son étonnement même est comique et on le partage, imaginant bien un patron un peu bourru soudain ému comme une jeune fille. Cette fragilité mise au jour de façon sympathique peut aussi être une source d’effets comiques.


Grammaire et compétences linguistiques

6. Léopold s’assura que la troisième était au complet. » est proposition subordonnée complétive ; je le vois car la proposition subordonnée conjonctive commence par la conjonction de subordination « que » et elle complète le verbe s’assura (complément indirect).
« Léopold se pencha sur son siège pour voir l’élève Hautemain que lui dissimulait la poutre étayant le plafond » est une phrase complexe qui comprend un proposition subordonnée relative : « que lui dissimulait… plafond ». Je le vois car cette subordonnée complète le groupe nominal « élève Hautemain » (Complément du nom antécédent).

7. Andromaque demanda à Pyrrhus ce qu’il faisait et ce que dirait la Grèce.
Andromaque déclara à Hermione qu’elle avait vu percer le seul où ses regards prétendaient s’adresser.

8. Comme synonyme au mot étrange, je peux proposer : incompréhensible, surprenant, étonnant ou inattendu.
La patronne découvre en fait que cet homme, son mari, lui est un inconnu comme le serait un étranger, puisqu’il y a une part importante de lui qui lui était cachée. C’est dire que les trente années d’intimité n’avaient pas permis l’expression de cette sensibilité secrète.

Dictée

Le collège de Blémont étant détruit , la municipalité avait réquisitionné certains cafés pour les mettre à la disposition des lèves, le matin de huit à onze heures et l’après-midi de deux à quatre. Pour les cafetiers, ce n’étaient que des heures creuses et leurs affaires ne pâtissaient pas. Néanmoins, Léopold avait vu d’un très mauvais œil qu’on disposât ainsi de son établissement et la place Saint-Euloge avait alors retenti du tonnerre de ses imprécations. Le jour où, pour la première fois les élèves étaient venus s’asseoir au Café du Progrès, il n’avait pas bougé de son zinc, le regard soupçonneux, et affectant de croire qu’on en voulait à ses bouteilles. Mais sa curiosité, trompant sa rancune, s’était rapidement éveillée et Léopold était devenu le plus attentif des élèves. D’après Marcel Aymé, Uranus, 1948.

 

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.