3- Histoire des arts Agir dans la cité S. EISENSTEIN Le Cuirassé Potemkine (1925) Analyse d’un extrait 5. Conduite pour un exposé à l’oral

1. Situer : Voir l’article 1.

– Contexte artistique : raison de la création du film, choix d’Eisentein (Jury, Malevitch) ; EISENSTEIN : son oeuvre.

– Contexte historique : 1925, 1905 Révolution manquée 

2. Présenter : Voir article 2

2.1 Composition du film en 5 actes (tragédie) ; Acte IV Le Port d’Odessa : 3 scènes (Yoles / escalier / bombardement). Situation de la scène de l’escalier : lien avec la scène des yoles : caractérisation des personnages

2.2 Le récit : schéma narratif court de la scène : La fusillade (massacre fictionnel : Saint-Pétersbourg, Bakou et Tomsk) ponctuée de trois anecdotes symboliques :
La mère à l’enfant blessé (enfant blessé, puis piétiné, mère suppliante, tuée)
La femme courageuse, celle qui porte des lorgnons, qui se lèvre et harangue la foule, monte vers les soldats pour fraterniser avec eux
La mère (veuve ?) au landau, qui fait tomber le landau en mourant // parallèle de la chute du landau avec la montée de la femme courageuse et mort du bébé et la femme frappée au visage à coups de sabre en même temps.

2.3 L’analyse en suivant le déroulé chronologique du film : Voir Article 3)

– Présentation / analyse des personnages à leur apparition : contrastes, jeux sur les antithèses : noir / blanc, haut / bas, riches / pauvres + surcadrage : effet de zoom (arrondi des angles en noir) + contre-plongées valorisantes + éclairage de face : lumières venant du port =/ éclairages de dos quand les soldats vont attaquer

– L’ombrelle : un raccord objet à noter pour analyser rapidement le rôle des objets, leur fonction : première apparition, elle fait le lien entre la noble 1 et la noble 2, reliant les personnages opposés : ouverte, elle tournoie et rayonne comme un soleil, lumineuse car éclairée de face ; 2e apparition, elle mime l’avancée des soldats en un effet de zoom, obturant l’horizon, une représentation de la foule sans arme fuyant devant les baïonnettes ; 3e apparition, elle est renversée, symbolisant la mort de sa propriétaire.

– Un effet de montage spectaculaire au moment du « Et soudain » : le visage de la femme flou (gros plans, raccord dans l’axe, sans changement d’axe, 4 plans en moins de deux secondes), un visage non identifié, une perception à peine possible : une représentation de l’affolement par la gesticulation du visage, qui perd sa valeur figurative (on ne connaît, ni ne reconnaît ce personnage). Ne reste que l’affolement, une agitation folle sans cause, ni logique, la perte de contact avec le réel, la panique.

– Impression de mouvement alors que la caméra reste fixe par l’alternance des cadres (plans généraux ou d’ensemble, on distingue les personnages, avec des plans rapprochés ou gros plans. Ces changements de cadres extrêmenent rapides (plusieurs milliers de plan dans ce film pour 800 env. dans un film contemporain) crée ce mouvement, et l’impression de déstabilisation.

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S. EISENSTEIN Le Cuirassé Potemkine (1925)

– montage d’attraction : opposition, choc des rapprochements entre noir / blanc, chute vers haut / bas, agitation de la foule / avancée mécanique des soldats, arrêt d’un enfant sur les marches / chute de deux hommes au-dessus et en-dessous de lui… Oppositions systématiques et tranchéesincompatibilité des logiques guerrière, impérialiste et humaniste et valorisation de ce qui est « vivant », mouvant, fragile comme les enfants ou courageux comme les femmes de cette scène.

– angles de vue : plongée spectaculaire depuis le haut des marches, caméra derrière l’armée (soldats toujours anonymes : sans visage, de dos, de loin) la troupe paraît s’avancer sous le bras de la statue d’un empereur romain (évocation possible du tsar / czar / césar) : le peuple se trouve pris dans une tenaille entre l’armée en haut de l’escalier et le parvis de l’église vide en bas (noter : aucune présence de religieux dans la foule pourtant très diverse).

– mouvements de caméra assez rares et très efficaces : travelling 1 : mort de l’enfant ; travelling 2 : mort de sa mère ; travelling 3 : mort de la jeune mère ; travelling 4 (long avec montage alterné des marches en plan fixe pour accentuer la force du mouvement) la chute du landau.

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S. EISENSTEIN Le Cuirassé Potemkine (1925)

Durée de la scène 6 minutes 57 secondes

Impression d’un déploiement dans le temps (répétition, avancée par saccade, progression du récit mêlée à celle de la foule massacrée = 3 anecdotes, 3 « mères » (enfant, bébé, « peuple ») meurent. La même scène semble se rejouer avec des variations tragiques, mère et enfant (piéta), mère dont le corps blessé cause la mort de son propre enfant, femme courageuse guidant le peuple vers les soldats (« mère du peuple ») tuée avec une violence extrême, à l’arme blanche et non au fusil comme les autres personnes. Exécution sanguinaire.

Impression de fragmentation de l’espace : l’escalier est agrandi dans sa longueur par les répétitions des descentes des volées de marches, la caméra fixe débordée par l’action, la foule sortant des deux côtés du cadre ; il est agrandi dans sa largeur par l’alternance des plans de coté (demi-ensemble) alternés avec les plans généraux, le montage très rapide.

Impression de la perte du sens : figuration de la folie humaine par le montage d’images sans valeur narrative mais argumentative (le visage de la femme s’agitant, les contrastes systématiques blanc/noir, haut/bas…).

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S. EISENSTEIN Le Cuirassé Potemkine (1925)

3. Conclure et interpréter

Dans ce marasme, seules submergent des héroïnes anonymes qui donnent une dimension épique à la scène, elles symbolisent l’innocence de la foule, sa sensibilité, son humanité, son courage ; en essayant de convaincre les soldats (agissant comme des machines pour le compte du pouvoir ou saisi de folie furieuse comme le soldat grimaçant frappant la femme au visage avec son sabre), elles représentent les valeurs défendues, l’essence de la révolution.

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