BIBLIOGRAPHIE 3e Lycée Récits poétiques

Récits poétiques XXe-XXIe siècles Pistes de lecture


Le projet est le suivant : un choix de textes ayant les caractéristiques du « récit poétique », prenant appui sur le travail de Jean-Yves TADIE Le Récit poétique Gallimard (1994)
« Le récit poétique en prose est la forme du récit qui emprunte au poème ses moyens d’action et ses effets, si bien que son analyse doit tenir compte à la fois des techniques de description du roman et de celles du poème : le récit poétique est un phénomène de transition entre le roman et le poème.[…] L’hypothèse de départ sera que le récit poétique conserve la fiction d’un roman des personnages auxquels il arrive une histoire en un ou plusieurs lieux. Mais, en même temps, des procédés de narration renvoient au poème : il y a là un conflit constant entre la fonction référentielle, avec ses tâches d’évocation et de représentation, et la fonction poétique, qui attire l’attention sur la forme même du message. »
Parmi ses aspects formels :
– Une forme fictionnelle : des personnages à qui il arrive une histoire en un ou plusieurs lieux.
– des procédés poétiques : « un système d’échos, de reprises, de contrastes qui sont l’équivalent à grande échelle des assonances, allitération sou rimes » ; une porosité entre personnage et paysage, le personnage pouvant être presque absorbé par le paysage qui le raconte, (absence d’explication psychologique des personnages) ; personnages pouvant être aussi absorbés, « dévorés par le narrateur » ;  effacement des personnages laissant « à l’espace, au décor, urbains ou naturels, une place privilégiée » ; présence d’un « itinéraire » au sein de ce paysage (« l’espace du récit poétique est toujours ailleurs, ou
au-delà, parce qu’il est celui d’un voyage orienté et symbolique. ») « Devenu personnage, l’espace a un langage, une action, une fonction, et peut-être la principale ; son écorce abrite la révélation. » ; modification également du temps du récit  (discontinuité, instant majeur, répétitions… « C’est le rythme qui le constitue. » « Le déroulement rythmique se fait sous forme de la spirale. » « La prose du récit poétique semble refuser l’histoire et son contenu social conscient est faible. » « En revanche, l’accord avec la Nature et l’intemporel entraîne que le récit poétique se rapproche des mythes. ») ; histoire d’une expérience, ou d’une révélation dont le sens profond peut rester obscur, ou polyvalent, ambigu.

J’ai choisi de m’intéresser à cette forme, et de la proposer en « parcours de lecture » aux élèves de 3e, pour plusieurs raisons :
– ce sont souvent des récits d’initiation, qui touchent des adolescents, jeunes adultes (et pour les adultes, ils sont dans la poursuite de ce processus de maturation-révélation…)
– les récits sont très souvent très forts, beaux, émouvants. Ils montrent souvent un personnage dans une quête existentielle (le sens de sa vie, la mort, le sens de l’amour…) mais dont le questionnement ne fait pas l’objet d’explorations psychologiques complexes.
– tout en étant, souvent, ancrés dans un contexte historique, donc contraints par des événements politiques, économiques…, ils se situent à l’écart de ces grands mouvements. Il m’a semblé que ce « choix » pouvaient intéresser des adolescents pris dans les événements contemporains…
– ils sont souvent denses, mais courts, centrés sur un épisode clé, tout en étant plus proche du roman que de la nouvelle (évolution sur un temps qui peut être long, ou assez long, absence de notion de chute)
– ils accordent une place particulière au paysage, qui « dépasse » l’idée de description, puisque le lieu n’est pas ici un cadre, mais une partie prenante, voire primordiale, du récit. Le sens que prennent les évocations de l’espace dans lequel vit le personnage me paraît une heureuse invitation à un regard attentif à cet espace…

Jacques-Henri Lartigue-1930

Jacques-Henri LARTIGUE «Aix-les-Bains», 1930 (Dani, Renée et Jacques-Henri). Sourcing image : Camera International / N°21 – Arles 20 ans, été 1989 (bibliothèque Vert et Plume)

La liste que je propose est ouverte, en cours de validation (par des commentaires bienvenus…), donc susceptible d’évoluer aussi bien par des retraits que par des ajouts (toutes les lectures, relectures n’étant pas encore faites). Certains titres (*) s’éloignent déjà peut-être trop du cadre stylistique défini plus haut…

– Valery LARBAUD Fermina Marquez (1911) ? [pas relu]
– ALAIN-FOURNIER Le Grand Meaulnes (1913)
– André GIDE La Symphonie pastorale (1919) *
– COLETTE Le Blé en herbe ( 1923) ? [pas relu]
– Jules SUPERVIELLE Le Voleur d’enfants (1926), L’Enfant de la haute mer (1924-1930)
– André BRETON Nadja (1928)
– Jean COCTEAU Les Enfants terribles (1929)
– Jean GIONO Colline (1929), Regain (1930) , Le Chant du monde (1934)
– Francis Scott FITZGERALD Tendre est la nuit (1934)
– John STEINBECK Rue de la Sardine (1945), Tendre jeudi (1954) ? [pas relus]
– Truman CAPOTE La Traversée de l’été ( 1943 ; 2008), La Harpe d’herbe (1951) Petit déjeuner chez Tiffany (1958)
– Boris VIAN L’Ecume des jours (1947)
– Carson McCULLERS La Ballade du Café Triste (1951) *
– Jerome Davis SALINGER L’Attrape-coeurs (1951) *
– François MAURIAC Le Sagouin (1951) *
– Yukio MISHIMA Le Tumulte des flots (1969)
– Mario VARGAS LLOSA Les Chiots (1974)
– Jean-Marie Gustave LE CLEZIO Lullaby (1978)
– Richard BRAUTIGAN Mémoires sauvés du vent (1983)
– Patrick MODIANO Dans le Café de la jeunesse perdue (2007)
– Erri DE LUCA Les poissons ne ferment pas les yeux ( 2013), Le Jour avant le bonheur (2010)
– Marie ROUANNET L’Arpenteur (2012) ? [pas lu]

Les espaces, les personnages, les  « moments de la vie » sont très variés, et peuvent correspondre à des centres d’intérêt de l’élève (Japon, Etats-Unis, Paris, Naples, Lima…). La plupart de ces livres sont très courts, proches de la nouvelle (ou le novella), d’autres plus longs (comme Fermina Marquez, Le Grand Meaulnes ou l’Ecume des jours). Certains sont d’une lecture aisée, sur le plan stylistique (Le Sagouin, par exemple), d’autres plus difficiles, pour des raisons diverses (les narrateurs changeants pour MODIANO, le dialogue mêlé au récit pour VARGAS…). Certains sont « positifs » (Rue de la Sardine, Le Tumulte des flots), d’autres sont « sombres » surtout en ce qui concerne ce qu’il advient du personnage (Le Sagouin, Mémoires sauvés du vent…), d’autres encore sont « violents« , ou cruels (Les Chiots). Comme il s’agit souvent de « parcours initiatiques » (découverte de la vie, de ses bonheurs/douleurs), c’est souvent le cheminement de l’enfant, l’adolescent, le jeune adulte, de l’adulte (BRETON, FITZGERALD, GIONO) qui est approché, avec une immersion dans ses émotions, ses émois sensibles, parfois sensuels ; ce cheminement (qui se fait parfois errance) est en lui-même « le récit » ; ainsi certaines fins peuvent être tristes, alors que les moments vécus ont été forts et denses (La Traversée de l’été), d’autres peuvent échapper au drame, alors que les moments vécus ont pu être douloureux (L’Attrape-coeurs, Les Poissons ne ferment pas les yeux…)

 

Jacques-Henri LARTIGUE

Jacques-Henri LARTIGUE